08 septembre 2008
Fin Du Blog / Fin de la Morale (ouf)
Pour ceux que je n'aurai prévenu, j'informe que je dois partir de Corée une semaine plus tôt à cause de galipettes administratives locales qui m'ont interdit de demander un visa touristique pour la Chine, le seul plan d'évasion que j'ai trouvé consiste à passer par HongKong encore considéré comme territoire européen et d'effectuer sur place la demande de visa.
En effet il faut désormais être enregistré en tant qu'étranger en Corée, avoir sa carte et son numéro d'étranger...ils ne veulent pas me le tatouer sur le bras tant qu'à faire ? Sans ce numéro moultes privilèges vous seront refusés : accès à la banque, à la majorité des offres de téléphone portable, possibilité de payer sur internet, possibilité de s'enregistrer sur des sites, et même de jouer en ligne aux jeux vidéos.
Je pars donc. Pour la Chine, pour un semestre qui a déjà commencé sans moi. J'essayerai de vous tenir au courant tout aussi fidèlement que par ce blog, bien qu'un second projet de blog ait déjà germé avec un ami (Jean-Baptiste), consistant à créer un faux blog d'expatriés en Asie. Lesquels expatriés représenteront la somme, l'amoncellement ridicule et odieux de toutes les fausses idées, incompréhensions, et représentations archaïques voire traditionnelles de deux occidentaux en Asie.
Au programme : du racisme, de l'ethno-centrisme, et de la condescendance à foison.
En bref de l'incompréhension interculturelle totale sublimée en un sentiment de supériorité culturelle et un rejet violent d'une autre manière de penser et de vivre.
Le tout conté à la première personne. Nous avons suffisamment d'histoires pour déjà débuter, et en entendront sûrement bien d'autres en cours de route.
Je peux déjà vous dire qu'il s'agit de l'histoire de deux faux amis occidentaux bourrés de clichés et stéréotypés à souhait. Nous serons donc deux à la rédaction, un en Corée, l'autre en Chine.
Les BFFs (Best Friends Forever) séparés par leurs études. On les plaint déjà !
Pour finir, j'aimerai faire une petite éloge du changement.
Le fait est que dans la plupart des cas, on sera tous d'accord pour dire qu'une vie variée est une vie plus enrichissante, plus gratifiante, et plus heureuse en un sens. Souvent.
Le changement ça ne veut pas dire partir en Chine sur un coup de tête parce qu'on n'en peut plus (ça peut l'être si c'est justifié), mais ça touche tous les aspects de la vie quotidienne. Si on n'est pas capable de commencer par changer les petites choses qui nous rendent malheureux, si on n'arrive pas à être sensible à ce dont on a besoin, la solution ne se trouvera pas miraculeusement à 10 000 km de là, on l'apportera avec soi (tout comme le problème). Ne pas commencer par ce problème c'est s'exposer à sa reproduction à chaque nouvelle fuite.
Mais de manière générale, bouger (job, fac, domaine d'étude, style de vie) ça fait du bien, et ça aère l'esprit.
Parce que s'enfermer dans un bloc non-épanouissant et y rester parce qu'on a peur de sortir, parce qu'au final c'est douillet et que dehors on ne sait pas ce qu'il va se passer, c'est s'enfermer tout seul et jeter la clé. Pour après se demander pourquoi on est déprimé, pourquoi il manque un petit quelque chose de plus en plus important. On bouge pour se confronter à des situations, aux gens, à soi-même, pour mieux se connaître soi-même et par là même être plus apte à trouver ce qui nous rend heureux et nous épanouit.
Je ne le dirais jamais assez :
"Le talent se développe dans la retraite ; le caractère se forme dans le tumulte du monde", Goethe.
Tout comme s'enfermer socialement réduit les perspectives qu'on peut avoir du monde, et appauvrit son propre environnement. Au final on a peur de tout, on accumule les clichés, et on ne fait plus confiance à personne.
Vous m'excuserez, mais même si on ne peut évidemment pas devenir très bon ami avec tout le monde, on peut tout de même tolérer, au mieux s'ouvrir et avoir plusieurs échelons de proximité dans ses amis et connaissances. On ne peut pas indéfiniment tout conserver en noir et blanc, il y a un moment où on devra mériter notre titre d'"adulte" et savoir doser, jauger notre proximité, notre confiance et nos rapports avec les gens. C'est rudimentaire mais ça me semble fondamental pour commencer à se comprendre les uns les autres.
Le plus gratifiant en un sens, c'est encore de voir qu'on peut se surprendre soi-même et faire cet effort; c'est encore de voir ses propres appréhensions et jugements sur une personne complètement démolis après 5 minutes de conversation.
Plus facile à dire qu'à faire, certes. Pour le coup, je sais maintenant dire cette phrase en 6 langues.
Après tout ça, je ne dis pas qu'il n'y a pas des raclures de première classe sur Terre (là encore avec plusieurs échelons !), ou des gens d'une superficialité détonante, ni qu'il ne faut pas se comporter en conséquence et justement faire preuve d'intégrité.
Cependant j'ai eu le sentiment qu'on s'arrêtait parfois trop vite à nos premières impressions distantes de quelqu'un, ou de quelque culture. Bannir le noir et blanc...
Je dis peut-être ça sur un ton trop catégorique, car c'est ce qui me semble être le plus vrai à l'heure actuelle, mais j'espère bien pouvoir affiner tout ça au cours du temps.
"La vérité est ailleurs...", donc je vais chercher en Chine :-).
PS : les photos vont être mises à jours prochainement section voyage
03 septembre 2008
tectonique des cultures (non pas la danse)
Commençons par une citation voulez-vous ?
Mon professeur aujourd'hui : "Mais, on ne peut pas vivre sans télé !"
Juste histoire de vous remettre dans l'ambiance ! Ah ah ce pays de fou me fait trop rigoler, ils n'ont absolument aucun recul sur ce qui leur arrive, c'est impressionnant.
Aucune honte devant la télé à excès, ça passe et c'est de plus en plus courant, aucune honte devant leur ultra-libéralo-capitalisme, aucune honte du racisme comme du nationalisme. Je trouve ça vraiment énorme parfois, rassurez-vous je le prend bien !
Ah j'en profite au passage pour simplement indiquer que toutes ces mauvaises choses, qui peuvent m'arriver ou que je pense, sont malgré tout prises du bon côté, bien que quelques fois ce soit un peu dur, jusqu'ici ça m'amuse plus qu'autre chose. De plus je conçois bien pire comme situation difficile, et ça fait partie du voyage.
Au moins ça m'en fera des choses à raconter !
Une des choses marquantes ici sur le plan économique est le fait qu'ils n'ont jamais entendu parler de près ou de loin, même très loin, des lois anti-trust. Lois qui ont du apparaître il y a bien un siècle, et aux USA qui plus est. Je m'explique : bien que selon la conjecture économique il soit possible de développer des PME en Corée, en général ça tient de mission impossible parce que Hyundai fabrique des moteurs, des voitures, des bâtiments, des bateaux, tient des centres commerciaux, vend des chaussettes, limite à boire.
Et il en va de même pour LG, Kia, et Samsung qui fabriquent à tour de bras téléphones portables, électro-ménager, complexes immobiliers (dont les facultés), électronique (PC, accessoires...), vêtements, des meubles et autres services en tous genres.
Celui qui veut prendre contrôle du pays sait ce qu'il lui reste à faire.
Passons. Chose promise, chose due. Je me prend sans arrêt des claques au fur et à mesure que je rencontre des gens en prenant conscience de l'ampleur du racisme qui règne aussi bien chez l'Autre, que chez nous ! Et franchement je savais qu'on en tenait une couche, mais disons plus ou moins vernie de honte - la honte étant déjà un 1e pas - mais je ne m'attendais pas vraiment à trouver encore des gens plus ou moins éduqués ici et là, qui non seulement manquent totalement d'objectivité et en plus tiennent des discours dignes de beaufs bien enracinés dans leur monde. Parfois... j'exagère un peu (comme toujours), mais l'argument reste.
Avec des propos qui ne tiennent pas compte du fait que les gens vivent des choses différentes, que c'est différent et plus ou moins difficile selon chaque cas et chaque culture de s'en sortir chacun à sa manière.
Ce qui reste effarant c'est l'attitude de nombreux étrangers qui restent ici parfois plusieurs mois, restant volontairement coupés de la Corée, et passent leurs journées à critiquer les Coréens. J'avais franchement du mal à y croire, mais sérieusement il m'est arrivé de passer jusqu'à 3h en leur compagnie à les entendre déblatérer tout ce qui était possible et imaginable, avant de m'enfuir loin d'un tel déversement de gratuite rancune. J'ai bien peur qu'en plus ils ne fassent réellement que ça de leurs journées.
Rancune ? Oui, il y a encore des gens qui pensent trouver la terre promise, et trouver la solution à leur vie malheureuse. Mal partis les enfants! Si vous ne pouvez pas être heureux chez vous, surtout en France (si on m'avait dit en Corée du Nord, j'aurais accepté), désolé mais c'est vous qui avez un problème aussi.
Il y a une différence entre vouloir bouger à cause d'une situation difficile ou d'un contexte, et être déprimé toute sa vie et partir à la recherche de l'Eldorado.
Evidemment c'est toujours difficile de changer de pays, et on a toujours la solution de facilité de rester avec les siens baignant dans sa langue, sa culture mais dans ce cas fallait pas bouger. Cependant ce qui fait l'intérêt de bouger, c'est précisément de découvrir autre chose, les bons comme les mauvais côtés qui existent forcément chez tout le monde.
Ce qui me dérange d'autant plus c'est quand cette question concerne des gens qui sont censés être spécialistes du pays, et avoir toutes les clés en main pour mieux le comprendre. Au lieu de ça, ils utilisent ces clés pour donner du crédit à leurs critiques. Ce qui me permet de faire un rapprochement singulier mais évident avec la manière de penser des colonialistes occidentaux d'antant... Clin d'oeil à ceux qui ont lu Said, et grosse baffe aux critiques. ("Je vous ai étudié, je vous connais mieux que vous-mêmes vous connaissez, donc j'ai le droit de dire ce que vous êtes")
Faire d'une paire, deux couilles comme me l'a appris mon frère.
Et puis cette manie ancestrale de s'attaquer à tout ce qui est différent commence à me taper sur le système. Ce n'est pas parfait, c'est évident et c'est sûrement assez dur pour nous de faire face à certaines mentalités du fait que nos modes de vies sont progressivement aliénés de beaucoup de règles sociales encore strictes ici (et dans une grande partie du monde), et qu'on mène en général des vies d'une grande liberté. Dans la mesure où chaque cas est particulier et non soumis à des règles pré-existantes. Imaginez qu'en plus de parents très stricts ou alcooliques vous ayez derrière vous un environnement qui vous pousse à les vénérer, à les respecter et à accepter sans broncher chacune de leurs décisions. Mettez-vous un peu à cette place. Difficile, non ?
Mais c'est justement parce qu'on a cette liberté qu'on devrait en profiter pour exercer un regard libre et non pas condescendant. Et essayer de tirer les choses vers le haut, parce qu'on a déjà fait un premier pas vers le pays. Sinon il vaut mieux se retirer du jeu, et en dire le moins possible si ne c'est qu'on n'a pas apprécié.
Je ne dis pas que les choses sont merveilleuses en Corée vous l'avez déjà compris, mais chaque pan de culture problématique a aussi sa propre histoire qui est là pour expliquer sa présence.
Et s'il y a bien une chose qu'on a du mal à dire, c'est : "Je ne peux pas comprendre, parce que je n'ai pas vécu ça". On n'a pas la moindre idée de ce que ça fait de se faire coloniser pendant 100 ans, de se faire écraser, de voir surgir de nulle part une montagne de technologie qui nous écrase, et de ne pas savoir comment interpréter tout ça. On a tous l'envie, la tentation de juger et on le fera souvent quoi qu'il arrive, mais il faut juste se rappeler de temps en temps de calmer ses ardeurs et d'essayer de se montrer compréhensif, voire compatissant si besoin. Rien que dire : "désolé je ne peux pas comprendre" ou "Je ne sais pas", c'est déjà un pas décisif.
Au mieux on ne peut qu'imaginer et appréhender ce qui se passe.
Certes le confucianisme est insupportable, et s'il y avait une machine à remonter le temps je ferai partie de l'équipe chargée d'assassiner Confucius, lui et quelques autres tortionnaires millénaires.
Mais au final, il a surtout eu une bande d'abrutis derrière lui pour sur-interpréter ses propos et aller bien au-delà l'idée initiale. Tout comme on a eu nos bande d'abrutis, tout comme il y en a toujours eu pour nous dire comment vivre nos vies.
C'est dommage parce que ce n'est que maintenant qu'on m'a offert plusieurs possibilités de m'insérer dans la société, ça me fera un gros regret avant de partir, mais aussi une raison de revenir.
Vieux motard que jamais ! Au moins je me dit qu'en Chine, j'aurai peut-être l'occasion de connaître mieux certains d'entre eux. D'ailleurs ce sont souvent ceux qui voyagent le plus qui sont les plus intéressants.

